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EN MEMOIRE D'ALICE MILLER

Alice Miller est décédée le 14 avril 2010, à l'âge de 87 ans. L’apport de son œuvre à ses lecteurs ainsi qu’à la cause des enfants et de l’humanité est incommensurable.

Lire l'article : En mémoire d'Alice Miller

C'est pour ton bien !, un livre majeur dont vous pouvez lire un extrait : Existe-t-il une "pédagogie blanche"?

Alice Miller - Abus et maltraitance de l'enfant : un site incontournable sur la violence éducative

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Un grand film de Marion Cuerq :
Si j'aurais su... je serais né en Suède !





Point de vue de l'OVEO sur l'actualité

Arte "au pays de la fessée interdite"


Mardi 6 décembre 2011, sur Arte, soirée Thema "Pour ou contre les châtiments corporels ?" (rediffusée vendredi 9 à 10h) avec à 20h40 un documentaire sur la Suède : Au pays de la fessée interdite, suivi à 21h35 d'un reportage en France, Tu vas en prendre une, puis d'un débat de 22h à 22h30. (Sur le site d'Arte, on peut encore lire des commentaires fort intéressants. Quant aux films et au débat, ils sont maintenant visibles sur cette page.)

Le documentaire laisse entendre qu'en Suède, on peut aller en prison pour "une gifle". Cela nous paraît très loin de la réalité. Selon nos informations (cf. l'article Suède, le retour inquiétant de certaines formes de violence éducative), il semblerait plutôt qu'en Suède une fessée, une claque peut entraîner un rappel à l'ordre, mais qu'elle n'a jamais mené en prison le parent qui l'a donnée. Ce risque existe seulement lorsque la fessée ou la claque deviennent une méthode d'éducation systématique, ou lorsque les parents utilisent des objets pour frapper les enfants. (C'est le cas du seul parent ayant fait de la prison que le film ait pu montrer !)

Mais l'alternative est-elle vraiment, comme le laisserait penser ce documentaire, entre un droit de correction dit "raisonnable", et le remplacement des châtiments corporels par d'autres formes de contrôle et par un conformisme social ? Ou encore, s'agit-il de choisir entre "ne rien faire", donc laisser les enfants livrés à eux-mêmes, ou les contrôler, que ce soit par la violence ou par des méthodes plus "subtiles" ? A lire à ce sujet :Et si la "parentalité positive" n'était pas si positive que cela ?.

En France, la seule proposition de loi existante prévoit que cette interdiction soit inscrite au code civil et non au code pénal : voir les articles présentés dans notre rubrique Vers une loi d'interdiction en France.

Au "pays des droits de l'homme", il est bien vu de lutter contre la maltraitance visible (la partie émergée de l'iceberg) et contre les violences faites aux femmes, mais frapper les enfants est encore considéré comme un "droit humain" imprescriptible, et s'y opposer comme une atteinte au droit de propriété ou à la liberté de pensée. L'un des deux invités au débat, le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Parents, osez vous faire obéir, ne préconise certes pas la fessée comme méthode d'éducation (mais seulement "entre adultes consentants", croit-il bon de préciser !). Mais, pour ce "spécialiste", le but de l'éducation est d'"apprendre à l'enfant à obéir", quitte à recourir à toutes sortes de méthodes punitives (privation d'objets inutiles... que, selon lui, il faut offrir aux enfants ne serait-ce que pour cela !) ou à la "réprobation" (que d'autres appelleraient "retrait d'amour", voir l'article d'Alfie Kohn sur la parentalité conditionnelle).

L'autre invité, le neurobiologiste allemand Ralph Dawirs (auteur de "Les 10 plus grandes erreurs dans l'éducation des enfants", non traduit en français à ce jour), rappelle au contraire que le développement de l'enfant est d'abord un processus biologique, et que se fixer des "objectifs" que l'enfant devra suivre est une aberration de ce point de vue. Il met l'accent sur le fait de vivre au présent avec l'enfant, de "l'accompagner dans le développement de sa personnalité". Le but de l'éducation est de vivre en paix avec ses enfants (et que ces enfants deviennent des adultes libres dans un monde en paix), pas de "fixer des objectifs" et de "sanctionner les écarts". L'enfant apprend les limites en les dépassant.

Nous publierons prochainement un compte-rendu critique plus détaillé de cette soirée-débat, qui rassemblait beaucoup des sujets qui nous intéressent à l'OVEO !


Une pétition contre la vente de manuels de violence éducative...


La presse francophone a signalé récemment une affaire qui fait grand bruit aux Etats-Unis depuis le début de l'année 2010 : l'accusation contre les époux Pearl, de la secte évangélique "No Greater Joy", auteurs d'un livre sur "l'éducation" des enfants intitulé To Train Up a Child, livre où Michael et Debbi Pearl expliquent comment "doser" les châtiments corporels appliqués aux enfants dès le plus jeune âge - selon les meilleures méthodes de la pédagogie noire du XIXe siècle dénoncée par Alice Miller dans C'est pour ton bien. On peut lire par exemple un article dans Le Point, qui reprend un autre article paru dans Courrier international.

Nous signalons ici qu'il existe désormais une pétition adressée à Jeff Bezos, PDG d'Amazon et signable en ligne. Cette pétition (en anglais) lancée par une thérapeute et mère britannique et relayée par le site américain NoSpank demande à Amazon de retirer de la vente tous les livres encourageant le châtiment corporel des enfants. Outre le livre des Pearl, l'article cite deux autres exemples bien connus des lecteurs anglophones : Shepherding a Child's Heart ("Guider le coeur de l'enfant"), de Tedd Tripp, et Don't Make Me Count to Three ("Ne me fais pas compter jusqu'à trois", sic !), de Ginger Plowman. Selon cet article, "ce comportement [frapper les enfants avec une verge !] est de la maltraitance et il est également 'offensant', ce qui est contraire aux directives affichées par Amazon". De plus, ajoute l'article, ce comportement "est probablement illégal, car il dépasse de beaucoup le 'châtiment raisonnable' actuellement permis par la loi en Grande-Bretagne (d'où est issue la pétition) et dans beaucoup d'Etats des Etats-Unis". En conséquence de quoi la pétition demande à Amazon de retirer de ses stocks "tout livre ou autre produit conseillant la maltraitance physique des enfants" (physical abuse of children).

Il est également possible d'envoyer directement un commentaire sur le site Amazon. Celui d'une adhérente de l'OVEO a été publié, visible ici. Ci-dessous le commentaire (non publié à ce jour) envoyé par Olivier Maurel :

Ce livre, qui recommande de battre les enfants, est déjà la cause de la mort de trois enfants. Leurs parents ont suivi la méthode conseillée : "Pour un enfant d'un an", utiliser "une baguette de saule de 25-30 centimètres de longueur et d'un demi-centimètre de diamètre, sans noeuds qui risquent d'entamer la peau". Il conseille de frapper les enfants plus grands "avec un tuyau de plastique de 0,6 centimètres de diamètre, parce que c'est douloureux mais ne blesse pas la peau".

Résultat : "C'est ce tuyau qui, ajouté à des carences, mit fin à la vie de la petite Hana, née en Ethiopie mais adoptée, avec son jeune frère, par le couple formé par Larry et Carri Williams, dans l'Etat de Washington. Hana, 11 ans, qui manifestait quelque rébellion, fut trouvée morte dans le patio familial au mois de mai, dévêtue, dénutrie et congelée. Ses parents, fidèles disciples de la doctrine Pearl, l'avaient soumise à un châtiment corporel implacable. Le 30 septembre dernier a débuté leur procès pour homicide et ils se sont déclarés innocents. Le sinistre tuyau punitif a été employé aussi en 2010 en Californie, lors du décès de la petite Lydia Schatz, âgée de sept ans, adoptée au Libéria. Ses parents adoptifs, Kevin et Elizabeth Schatz, la soumirent à une violente bastonnade entrecoupée de moments de prière. La fillette, qui avait huit demi-frères et demi-soeurs, est morte de ses blessures et des hémorragies qu'elles avaient provoquées. Les parents se sont déclarés coupables et sont tous deux en prison." Lire l'article complet en espagnol (langue dans laquelle ce livre a été traduit) sur le site du quotidien
El Pais. Ce livre devrait être immédiatement retiré de la vente.

Olivier Maurel (Observatoire de la violence éducative ordinaire
)


Maltraitance et violence éducative ordinaire, aucune différence...


Le quotidien La Dépêche du 9 août 2011 rapporte la condamnation à 6 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans pour "violence aggravée" d'une mère camerounaise accusée d'avoir battu son fils de onze ans à coups de ceinture, côté boucle, et de l'avoir souvent obligé à se tenir debout sur une jambe, un doigt au sol, pendant une demi-heure. Elle s'est défendue en disant qu'elle avait elle aussi été punie quand elle était enfant et qu'il s'agissait d'une "pratique culturelle".

Quelques remarques à propos de ce "fait divers" :

1/ Il s'agit d'une mère camerounaise. Au Cameroun, comme dans la plupart des pays africains, plus de 90 % des enfants subissent la bastonnade à l'école et à la maison (enquête UNICEF-EMIDA de 2000). Cette mère qui, très probablement, a subi enfant les mêmes punitions, ne se sent pas plus coupable qu'une mère française qui donne des gifles et des fessées à ses enfants parce qu'elle en a elle-même reçu et qu'"elle n'en est pas morte". Cette mère camerounaise pense elle aussi non seulement qu'"elle n'en est pas morte", mais même que ces punitions lui ont fait beaucoup de bien, comme le pensent beaucoup de gens des gifles et les fessées qu'ils ont reçues. Elle ne voit donc pas pourquoi elle changerait de méthode d'éducation. Une mère française qui serait jugée en Suède (où fessées et gifles sont interdites) pour avoir giflé ou fessé son enfant, ne comprendrait pas non plus pourquoi on veut lui interdire la méthode d'éducation qu'elle a toujours connue.

2/ Les punitions que cette mère a infligées à son enfant étaient courantes en France jusqu'à la fin du XIXe siècle, et parfois au-delà. La punition "planter les choux" (debout, un doigt au sol) se pratiquait dans les écoles françaises, de même que celle qui consistait à obliger un enfant à rester debout sur une seule jambe une demi-heure ou une heure et que l'on appelait "faire le jambon". Frapper à coups de ceinture, y compris du côté de la boucle, était aussi courant. Si, aujourd'hui, nous considérons ces punitions comme de la maltraitance, c'est grâce à l'action de personnalités diverses qu'on a d'abord considérées comme des idéalistes et des utopistes, et qui ont fait prendre conscience progressivement à l'opinion publique que ces punitions étaient inacceptables. Aujourd'hui aussi, et exactement de la même façon, les personnes qui protestent contre l'usage des fessées et des gifles sont considérées comme des idéalistes et des utopistes. En Afrique, des associations comme EMIDA et d'autres agissent pour faire prendre conscience aux parents et aux enseignants que les punitions corporelles et les humiliations altèrent profondément la personnalité des enfants. Et un de leurs pires effets, c'est de faire penser aux enfants qui les ont reçues, une fois devenus adultes, qu'il est tout à fait normal de punir les enfants comme ils l'ont été.

3/La solution pour les familles qui viennent de pays où les punitions corporelles sont beaucoup plus violentes que celles qui sont tolérées (quand elles ne sont pas préconisées !) chez nous, n'est évidemment pas la prison. Mais cela signifie-t-il qu'on peut leur dire : "Donner des coups de ceinture, c'est interdit, mais donner des gifles et des fessées, c'est permis, allez-y !" ?

4/ Le petit garçon a dit qu'il ne voulait pas que sa mère ait des ennuis. C'est la réaction de la plupart des enfants qui cherchent à protéger leurs parents (par honte, par sentiment de culpabilité, par peur des représailles, ou de tomber dans une situation peut-être pire si le parent est condamné...), même s'ils doivent le payer en continuant à recevoir des coups. Malheureusement, dans la plupart des cas, cette attitude "protectrice" à l'égard de leurs parents les empêche de comprendre que ce qu'ils ont subi n'était pas normal et les prépare ainsi à le reproduire plus tard, puisqu'ils "n'en sont pas morts"...

Comme presque toujours dans ce genre d'affaire, les commentaires des visiteurs du site sont partagés, mais la plupart montrent qu'ils considèrent que pour eux, il s'agit là d'une violence qui n'a rien à voir avec l'éducation "normale" qu'ils préconisent eux-mêmes, avec ou (plus rarement) sans fessée, proposant parfois comme alternative aux châtiments corporels des punitions telles que priver l'enfant de choses auxquelles il tient ou qui lui font plaisir... Ceux qui s'indignent le plus de l'argument de la "pratique culturelle" sont souvent ceux qui trouvent normal de donner une fessée de temps en temps (les enfants ne sont pas "parfaits" !), ou qui préconisent d'autres formes de punition.


D'autres "faits divers" qui nous donnent à réfléchir (mais nous ne pouvons pas les citer tous) :

Non, la fessée n'est pas un délit : un père relaxé pour une fessée qui a laissé des traces... Le tribunal a considéré que c'était une fessée "normale", mais qu'il y a eu un bleu parce que le père avait une bague avec le chaton tourné vers l'intérieur... D'où la "suspicion de maltraitance". De plus, le couple s'est réconcilié grâce à cette petite épreuve ! Notons cependant que cette affaire est passée devant le tribunal correctionnel (cas des affaires de "maltraitance" selon la loi française). La loi contre les châtiments corporels et violences psychologiques dont nous défendons le principe relèverait du tribunal civil (droit de la famille) et serait destinée non à "réprimer", mais à favoriser une prise de conscience et un soutien aux parents... Admirons cependant la première phrase de l'article (et son style) : "Voilà une décision assurément rassurante pour tous les parents qui, parfois, administrent une fessée à leur progéniture..." Le message est donc bien : vous pouvez continuer, c'est normal, c'est même "bien", puisque c'est permis.

Une "punition qui a mal tourné" ? Où l'on apprend qu'un enfant de 10 ans est tombé du 5ème étage, pieds et poings liés, sans qu'on sache s'il est lui-même défenestré, citons l'article, qui nous semble se passer de commentaire :

Le Parisien croit savoir que le père aurait décidé d'attacher son fils avec des câbles de téléphones pour « le punir d'avoir emprunté un MP3 à un proche ». De son côté, France Inter a expliqué que le garçon aurait ensuite chuté du cinquième étage en voulant échapper à son père. Ces éléments ont ainsi conduit les enquêteurs à étudier la piste de la punition qui a mal tourné. Pour autant, aucune hypothèse n'est écartée.
La consternation des voisins
« Franchement, c'est un drame et j'ignore ce qui a pu se passer. Certaines personnes parlent du père du garçon mais je le connais et je sais qu'il aime ses enfants et qu'il n'aurait jamais pu faire une chose pareille. Je suis sous le choc comme tout le monde », a expliqué une voisine de la famille. A l'instar de celle-ci, de nombreux voisins se disent choqués et plongés dans l'incompréhension.

Du moment que c'est fait avec amour...

Mais pour comble, aux mêmes informations sur France Inter (8 h le 23 août 2011), on enchaîne avec un sondage TNS-Sofres où "les Francais" estiment que les parents manquent d'autorité... Voir par exemple cet article (repris sous des formes plus ou moins identiques dans d'autres journaux). Information suivie d'un micro-trottoir où une mère explique que "les autres parents se contentent de crier", alors qu'elle, au bout de trois fois (de trois menaces ?), elle "sévit" (l'histoire ne dit pas comment !). Toujours les parents laxistes... En tout cas, le voisinage entre ce sondage et l'information précédente nous a paru plus consternant que chacune des deux informations prises séparément...

Une nourrice mise en examen : dans cette affaire, une assistante maternelle est poursuivie, suite à une plainte des parents, pour des "maltraitances présumées" sur cinq enfants de 3 à 11 ans qu'elle a gardés entre 2007 et 2010 (un certain nombre d'autres enfants auraient subi les mêmes "vexations" et "claques à tour de bras" depuis des années). Cette affaire ressemble à beaucoup d'autres où l'on voit que de telles pratiques peuvent durer des années avant que qui que ce soit ne s'en inquiète : soit que les parents trouvent cela normal, ou n'osent pas protester, ou ferment les yeux parce que "c'est difficile de trouver quelqu'un qui accepte de garder les enfants"... soit que les enfants eux-mêmes (comme c'est courant) n'osent pas raconter ce qui se passent, se sentent coupables et croient cela normal...

Mais ce qui nous a fait sursauter, comme dans l'affaire de la "punition qui a mal tourné", c'est le commentaire par les médias : ainsi, à France Inter (le 12 août 2011 aux informations de 17 h, mais c'est là aussi l'expression utilisée dans la dépêche AFP), la journaliste explique qu'il n'y avait "pas de violences physiques importantes, mais des brimades"... après quoi on entend la déclaration de l'avocat des familles parlant de "paires de claques qui pleuvent à tour de bras" !


Mai 2011 : une campagne contre "les violences éducatives ordinaires"


A l'occasion de la journée internationale contre les violences éducatives du 30 avril 2011, la Fondation pour l'Enfance, les docteurs Gilles Lazimi (directeur du Centre municipal de santé de Romainville et membre du comité de parrainage de l'OVEO) et Emmanuelle Piet, et l'agence Publicis Conseil ont réalisé un spot télévisé remarquable qui a été diffusé avec l'accord de France Télévisions sur toutes les chaînes publiques et relayé par un bon nombre de chaînes privées. On peut aussi le voir sur des sites Internet. Ce spot met l'accent sur la répétition de la violence éducative de génération en génération.

- Sur le site de la Fondation pour l'enfance, vous pouvez aussi télécharger le dossier de presse de cette campagne, qui fournit un grand nombre de renseignements sur la campagne (dont une description du spot télévisé) et des informations sur la violence éducative, ainsi que plusieurs pages de bibliographie et de liens.


A lire plus bas :
- des commentaires de membres de l'OVEO sur cette campagne,
- une lettre ouverte d'Olivier Maurel à un article très virulent d'une journaliste du
Figaro contre la campagne de la Fondation pour l'Enfance,
- une réponse d'Olivier Maurel à un commentaire de Boris Cyrulnik,
- et, en fin de page mais non moins intéressant : une liste de données chiffrées et d'éléments fournis par des études sur la violence éducative, résumé communiqué par le Dr Lazimi en complément du dossier de presse (non disponible sur le site de la Fondation de l'Enfance).



- A signaler également, une chronique de la psychanalyste Caroline Eliacheff diffusée le 4 mai sur France Culture et qui exprime sans aucune ambiguïté la nécessité d'avancer dans le sens d'un accompagnement des enfants sans violence. Quelques commentaires à propos de cette chronique :

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La chronique de la psychanalyste Caroline Eliacheff est une bonne surprise, puisqu'elle se place plutôt aux côtés de ceux qui dénoncent la violence éducative ordinaire. On peut tout de même observer quelques réserves, notamment quand elle prétend que « plus un seul pédagogue ne défend l'idée que les châtiments corporels sont éducatifs... » et plus loin, après un éloge d'Alice Miller, d'Olivier Maurel et de Jacqueline Cornet, lorsqu'elle affirme qu’« après les psychanalystes, ce sont maintenant les neuroscientifiques qui apportent leur pierre... » Or, il ne nous semble pas aujourd'hui que les psychanalystes, dans leur grande majorité, aient apporté une quelconque pierre à la remise en cause de la violence éducative ordinaire, loin s'en faut.

D’autre part, affirmer que « ceux qui ont été battus régulièrement ne s'en souviennent plus et minimisent considérablement ce qu'ils ont vécu » peut sembler également réducteur et discutable et fait l'impasse sur le cheminement singulier de chacun et la rencontre éventuelle de témoins lucides. Enfin, dernier propos tout à fait étrange : « Ceux qui ont reçu une ou deux gifles dans leur vie s'en souviennent fort bien et approuvent leurs parents... »

Malgré ces quelques réserves, cette chronique va bien sûr dans le bon sens. (Jean-Pierre.)

Un point très positif : la mention des violences verbales et psychologiques, qui sont des formes importantes de violence éducative ordinaire. (Cris.)

- Enfin, vous pouvez lire sur le site du Monde des religions une longue interview d'Olivier Maurel. (Rappelons toutefois que l'OVEO est une association laïque, indépendante de toute confession !)



Réactions de membres de l'OVEO à la campagne de la Fondation de France

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Précisons tout d'abord que nous nous réjouissons de l'existence de cette campagne (voir plus haut les commentaires à propos de la chronique de C. Eliacheff, et ci-dessous l'article d'Olivier Maurel), et que nous sommes conscients que la brièveté du spot télévisé (qui plus est, réalisé bénévolement) ne permet pas de tout dire. Dans l'état actuel de la violence éducative ordinaire en France, tout ce qui peut contribuer à une prise de conscience est "bon à prendre". Les critiques que l'on pourra lire ci-dessous sont donc à prendre dans un esprit constructif. Nous recevrons avec grand plaisir les témoignages de ceux dont cette campagne aura changé le regard qu'ils portent sur leurs enfants et/ou sur leur propre enfance.

Je n'ai pas aimé le spot de la Fondation pour l'enfance.

L'enfant violentée se retrouve seule et ne peut rien comprendre à cette situation. C'est à elle en premier lieu que la grand-mère devrait s'adresser. Non pas en demandant pardon, ce qui est totalement inadéquat, mais en expliquant à l'enfant que rien ne justifie la violence dont elle est victime, qu'elle est désolée d'avoir elle-même rendu sa fille violente. Que va-t-elle réparer en embrassant sa fille et en demandant pardon, sinon sa propre conscience ?

Le message risque d'être compris ainsi :
La plus malheureuse dans cette histoire, c'est la grand-mère.
La maman est bien à plaindre aussi.
C'est une histoire entre adultes.

Seuls peuvent comprendre ceux qui sont convaincus que gifler un enfant est une violence. Les autres trouveront que la mère était énervée, qu'elle a frappé un peu fort, peut-être, mais la pauvre, elle devait être épuisée par son travail… et que l'attitude de la grand-mère est ridicule ou qu'elle demande pardon pour une raison mal définie. (Le commentaire n'est pas assez explicite.) Les gifles se transmettent de génération en génération, et alors, où est le problème si c'est « une bonne chose » ?

P.S. : j'apprécie beaucoup la réponse d'Olivier Maurel à Boris Cyrulnik [voir plus bas].

Françoise Charrasse, thérapeute.


Bien que cela me réjouisse qu'une campagne contre les violences éducatives ordinaires ait été lancée à la télévision, je note cependant quelques lacunes à ce clip vidéo.

D'abord le fait que la grand-mère aille consoler en premier lieu la maman alors que c'est avant tout la petite fille battue et humiliée qui aurait besoin d'être réconfortée. Ce détail est sans doute involontaire, mais il a donné lieu à des railleries à cause de son irréalisme. Par conséquent, je trouve regrettable que ce film ait été réalisé uniquement dans le but de toucher les adultes et non pas les enfants et les adolescents. C'est pourtant, d'après moi, essentiel que les plus jeunes soient sensibilisés à ce problème étant donné que ce sont pour la plupart de futurs parents, et qu'en plus cela peut leur fournir un soutien solide dans la perception de leurs sentiments avant qu'elle ne disparaisse avec l'âge, en d'autres termes, leur servir de témoin lucide et secourable. En effet, les enfants et adolescents sont plus proches de leurs sentiments et émotions ainsi que de leurs souvenirs de maltraitance, il y a donc d'après moi plus de chances que les campagnes de sensibilisation à la violence éducative ordinaire créent une prise de conscience chez eux. Beaucoup d'ados reprochent à leurs parents les mauvais traitements qu’ils leur ont fait subir, puis, une fois devenus adultes, pardonnent et se disent qu'ils les avaient bien mérités, en grande partie parce que la société ne les soutient pas.

Un certain nombre de personnes pensent qu'il faut éviter autant que possible de culpabiliser les parents dans ces campagnes. Je pense que cette peur de culpabiliser provient en grande partie de la peur qu’a le petit enfant de critiquer ses parents, risquant ainsi de perdre leur amour. En effet, qui reprocherait à une campagne contre les violences conjugales d'être trop culpabilisante pour les conjoint(e)s violent(e)s ou dirait que cette campagne n'a pas pour but de culpabiliser ? De plus je trouve un peu hypocrite de dire que ce n'est pas le but de ces campagnes de culpabiliser les parents, étant donné que l'information apportée sera de toute façon culpabilisante si le parent prend conscience que ce qu'il fait est mal, et c'est d'ailleurs grâce à cette lucidité acquise qu'il pourra évoluer dans sa relation avec son enfant et faire le deuil de ce qu'il a perdu.

Extrait du livre Abattre le mur du silence d'Alice Miller (p. 115) :

« Le danger ne vient pas d'individus isolés, même s'ils sont des criminels : il réside bien davantage dans l'ignorance de toute la société, qui conforte ces individus dans les mensonges peu à peu instillés dans l'enfance. Les représentants bien considérés de la société – enseignants, juristes, médecins, travailleurs sociaux, prêtres – protègent les parents contre tout reproche de l'enfant maltraité, et mettent sous le boisseau la vérité sur les mauvais traitements infligés aux enfants. »

Cette campagne a en tout cas le mérite d'avoir fait parler d'elle et de relancer le débat sur les violences éducatives, notamment les châtiments corporels.

Sandrine

[…] dans un premier temps cette vidéo m'a beaucoup touchée. Parce que j'aurais pu être cette mère. J'aurais aussi aimé la voir lorsque j'étais petite fille, peut-être aurais-je pu comprendre ainsi que ce n'était pas parce que j'étais méchante que maman me tapait.

Une chose me gênait cependant : il n'y a que des femmes (où sont les hommes/pères ? La violence serait-elle donc une affaire de femmes ?).

Maintenant, avec du recul, je rejoins l'avis de Françoise [voir plus haut]. Oui c'est la petite fille qui aurait eu d'abord besoin d'être consolée, prise en considération pour le traumatisme qu'elle vit.

Moi j'ai cheminé, donc je comprends. Mais effectivement, qu'en est-il des autres, ceux pour qui est faite la vidéo, en quelque sorte ?

Muriel


Lettre ouverte à Natacha Polony

Ci-dessous la réponse d’Olivier Maurel, fondateur de l’OVEO, à Mme Natacha Polony, journaliste et essayiste spécialisée sur les questions d’éducation (cela laisse songeur !), auteur d’un article virulent intitulé « SOS Enfants battus… et société à la dérive » contre la campagne de la Fondation pour l’Enfance, qualifiée de « campagne de publicité matraquée »…

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Sur son blog du Figaro, Natacha Polony s’en est prise longuement à la campagne de la Fondation pour l’enfance.

Je ne vais pas répondre à toutes ses critiques, qui ne sont souvent que celles qu’on retrouve partout. Natacha Polony a vraisemblablement reçu comme presque tout le monde des claques et de fessées, et elle est donc victime, comme malheureusement la majorité des Français, d’un des plus durables effets de ces punitions : elle trouve normal et éducatif de frapper un enfant. Elle ne se rend pas compte du fait que si elle avait reçu des coups de bâton dans une société où l’on traite couramment les enfants de cette façon, par exemple la société française jusqu’au XIXe siècle environ, elle défendrait avec la même conviction la bastonnade. Et ceux qui souhaiteraient l’interdire lui paraîtraient de dangereux idéalistes.

Pourtant, Natacha Polony est certainement convaincue que le premier principe de la morale à enseigner aux enfants est de « ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’il nous fasse ». Elle est certainement convaincue aussi qu’il est lâche pour un être fort de frapper un être faible. Mais il lui est impossible d’appliquer ces deux principes à l’éducation des enfants, parce que les coups qu’elle a probablement reçus de ses parents qu’elle aimait et à qui elle était attachée comme le sont, vitalement, tous les enfants dans leur jeune âge, celui où on commence à recevoir des fessées, ont fixé en elle la certitude que ses parents avaient raison de la frapper. Et, en l’absence d’une prise de conscience approfondie, il est difficile de revenir sur cette conviction.

Je ne relèverai donc que trois ou quatre points dans son argumentation.

Natacha Polony commence par rappeler l’incident récent de la paire de gifles donnée par le député-maire Jérôme Cahuzac à un jeune homme d’une vingtaine d’années qui le défiait et le tutoyait publiquement. Naturellement, Natacha Polony attribue l’attitude du jeune homme à « l’absence d’éducation et de règles » et, sous-entendu dans le contexte de son article, à toutes les claques bien méritées que ce jeune homme n’a pas reçues dans son enfance. Pourtant, quand on a passé 37 ans dans l’enseignement (et non dix mois, comme Natacha Polony), on remarque tout de suite un indice qu’elle donne elle-même, et qui laisse supposer, au contraire, que ce jeune homme en a reçu beaucoup. En effet, dit-elle, le jeune homme est parti « sans réclamer son reste ». Contrairement à ce que l’on croit, les élèves les plus perturbateurs en classe sont le plus souvent ceux qui ont reçu force claques et qui ont pris l’habitude de n’obéir qu’à ce signal venant de quelqu’un qui représente l’autorité à leurs yeux, comme leurs parents. Habitués à recevoir des claques ou autres punitions corporelles de leurs parents, ils ne se soumettent qu’aux claques et font de la provocation jusqu’à ce qu’ils en reçoivent. Il faut beaucoup de patience pour les convaincre qu’il existe d’autres comportements possibles. De plus, les violences et les humiliations qu’ils ont subies les poussent à imposer à ceux qu’ils côtoient le même genre de rapports de violence, d’où les comportements de provocation qui ont motivé les claques du député.

Natacha Polony est également très choquée qu’on puisse penser que « c’est bien l’adulte qui est coupable de la violence du jeune, lui qui a voulu le corriger d’une gifle ; c’est bien le parent qui est coupable, lui qui a donné une fessée ». Mais, qu’elle le veuille ou non, elle pourra difficilement nier le fait que ce qui exerce l’influence la plus forte sur les enfants, ce ne sont pas les mots ni les punitions, mais l’exemple du comportement de leurs éducateurs. C’est déjà vrai chez les animaux qui apprennent les comportements qui leur seront utiles en imitant leurs parents et les adultes qui les entourent. Donc, coupable ou non, et qu’il le veuille ou non, un parent qui frappe son enfant lui donne, et cela à de nombreuses reprises au cours de son enfance, l’exemple même de la violence et, qui plus est, de la violence du fort sur le faible. Or, on sait aujourd’hui, depuis les découvertes de Giacomo Rizzolatti, directeur du département de neurosciences de l’université de Parme, que nous avons tous dans le cerveau des neurones que Rizzolatti a nommés « neurones miroirs » qui enregistrent tous les comportements dont nous sommes témoins et nous donnent le réflexe de les imiter. Bref, on ne peut que conseiller à Natacha Polony de s’informer sérieusement sur les effets de la violence éducative plutôt que d’énoncer des lieux communs.

Elle écrit ensuite : « Pour un peu, on nous expliquerait que les guerres n’existent que parce que des parents ont donné quelques tapes sur les fesses rebondies de leurs gamins effrontés. » Comme Natacha Polony a la science infuse, elle n’a évidemment pas besoin de s’informer sur un sujet pour pouvoir en parler. Si toutefois elle avait été un peu moins sûre d’elle-même, et si elle s’était un peu informée, elle aurait appris que ce ne sont pas « quelques tapes » que la majorité des enfants ont reçues depuis cinq mille ans qu’on les frappe, mais des coups de bâton, de fouet, de toutes sortes d’objets contondants, que cela ne s’est atténué dans quelques pays européens, dont la France, que depuis un siècle et demi environ, mais que, dans la majorité des pays du monde, la bastonnade est encore considérée comme normale et éducative, y compris dans une vingtaine d’Etats des Etats-Unis où l’on continue (à l’école !) à fesser les enfants à coups de palette. Les conséquences d’un tel traitement sur les enfants sont de deux ordres. Ils ont appris d’une part, comme on l’a vu plus haut, que la violence est la réaction normale en cas de conflit ; et d’autre part, ils ont appris à se soumettre non pas à la loi ni à leur conscience, mais à la violence et aux leaders violents en qui ils retrouvent des images de leurs parents. Or, que faut-il pour faire des guerres ? Des hommes prêts à recourir à la violence et à se soumettre à des leaders agressifs. Il n’est donc pas étonnant que l’histoire de l’humanité ait été un tissu de guerres, de massacres de gens sans défense et de génocides sur le modèle de la violence du fort au faible. Elle aurait appris aussi que tous les dictateurs du XXe siècle, qu’il s’agisse de Hitler, Staline, Mao, Ceausescu, Saddam Hussein, Amin Dada, ont eu une enfance ravagée par la violence de leurs parents ou de leurs éducateurs, et que les peuples sur lesquels ils ont pris le pouvoir recouraient à des méthodes d’éducation autoritaires et violentes, méthodes qui les ont préparés à la fois à la violence et à la soumission à la violence.

Pour Natacha Polony, dénoncer les fessées et les gifles serait le meilleur moyen de laisser les parents maltraitants « agir en toute impunité ». Mais ce que sa science infuse ne lui a pas permis de savoir, c’est que la plupart des cas de maltraitance commencent par des fessées et des gifles. Comme, au bout d’un moment, celles-ci s’avèrent inefficaces, notamment lorsque l’enfant est capable de répondre « Même pas mal ! », il faut augmenter la dose. Et plus cette habitude est prise, plus les coups risquent d’être fréquents, plus l’enfant peut provoquer, et ainsi de suite. Personne n’est à l’abri de ce type d’escalade, surtout lorsqu’on a soi-même été maltraité. Ainsi, contrairement à ce que dit Natacha Polony, c’est en luttant contre la violence éducative ordinaire qu’on lutte le mieux contre la maltraitance.

Il paraît aussi, selon Natacha Polony, que « cette obsession contre la fessée, rebaptisée “violence éducative”, ou même “châtiment corporel”, est une vieille lune de quelques militants forcenés ». Reconnaissons qu’elle a raison sur un point : les militants contre la fessée ne sont pas très nombreux, exactement comme ont été longtemps très peu nombreux les militants contre l’esclavage, contre la peine de mort, pour le vote des femmes, contre la violence conjugale, contre la torture, et, en Afrique, contre l’excision. Et ils ont tous été probablement traités de « militants forcenés » et en tout cas de dangereux idéalistes. Quant aux « vieilles lunes », non ! Là, Natacha Polony se trompe. Les premiers proverbes recommandant de frapper les enfants datent de 5 000 ans et leur version orale est sans doute beaucoup plus ancienne. Et les premiers auteurs qui aient demandé qu’on cesse de les battre (Quintilien et Plutarque) n’apparaissent qu’au premier siècle après Jésus-Christ. En matière de « vieilles lunes », madame Polony, vous avez nettement l’antériorité ! Et quant aux “militants forcenés” contre la violence faite aux enfants, on trouve parmi eux Victor Hugo, Michelet, Jules Vallès, Janusz Korczak, Maria Montessori, Célestin Freinet, Nelson Mandela, Alice Miller, qui sont, madame Polony, je vous l’assure, d’assez bonne compagnie.


Réponse d'Olivier Maurel à Boris Cyrulnik

Un des commentaires critiques les plus étonnants concernant la campagne de la Fondation pour l'enfance est celui de Boris Cyrulnik. Dans une interview donnée à l'AFP le 27 avril 2011, donc le jour même de la présentation de la campagne à la presse, Boris Cyrulnik juge de façon catégorique cette campagne, qu'il considère de très haut comme « naïvement bien intentionnée » et « maladroite ».

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D'après lui, elle va « culpabiliser les parents ». Ce n'est vraiment pas l'impression qu'on a quand on lit les commentaires sur la campagne dans les multiples forums sur Internet où on en discute. On y voit au contraire partout s'afficher la bonne conscience des partisans de la gifle et de la fessée qui trouvent qu'on n'en donne pas assez. D'autre part, il me semble normal de se sentir coupable si on s'est laissé aller à frapper une personne humaine, et à plus forte raison un enfant. C'est tout simplement le signe qu'on a une conscience.

Mais la suite des propos de Cyrulnik est encore plus étonnante : « Il faut rechercher les causes de la fessée. C'est toujours soit un désarroi parental, soit un trouble du développement de l'enfant. » Il faut vraiment ne s'être jamais informé sérieusement sur la violence éducative pour tenir de tels propos.

Les deux raisons principales pour lesquelles depuis des millénaires on frappe les enfants n'ont rien à voir avec ce qu'affirme Boris Cyrulnik.

On frappe les enfants d'abord parce qu'on croit qu'il faut les frapper, comme en témoignent une multitude de proverbes dans tous les pays, dont le plus connu est « Qui aime bien châtie bien ». Et pour s’apercevoir que cette cause est toujours active, il suffit de lire les commentaires des internautes sur la campagne, d'après lesquels toutes les incivilités attribuées à la jeunesse actuelle viendraient de ce qu'on ne frappe plus assez les enfants.

La seconde raison pour laquelle on frappe les enfants est précisément celle que dénonce la campagne : la répétition de génération en génération. Quand on a été frappé, la première chose que notre corps apprend, c'est à frapper, par simple mimétisme. On peut ensuite se raisonner et s'interdire de frapper, mais le geste a été enregistré très tôt par nos neurones miroirs et reste dans notre corps, tout prêt à être reproduit. C'est ce que nous ressentons quand nous disons que « la main nous démange ».

Ce qu'il y a de nouveau actuellement, c'est que depuis quelques dizaines d'années, dans les pays européens, le niveau de violence des coups donnés aux enfants a baissé. Alors que la violence éducative ordinaire incluait jusqu'au XIXe siècle, en plus des gifles et des fessées, les coups de bâton et de ceinture et d'autres punitions très violentes, on s'est mis heureusement, grâce à l'influence de quelques pionniers de l'éducation, à considérer comme maltraitance l'emploi du bâton et de la ceinture, tout en continuant à trouver le martinet « normal » jusqu'à il y a une trentaine d'années. Aujourd'hui, en général, ne sont plus considérés comme « éducatives » que les gifles et les fessées. Bon nombre de parents ont commencé à prendre conscience aussi qu'il n'était pas plus normal de gifler et fesser un enfant que d'infliger le même traitement à un adulte. Mais comme, à cause du mimétisme de ce qu'on a subi, il est difficile de ne pas le reproduire, beaucoup de parents sont effectivement en désarroi parce que le réflexe de fesser ou gifler leur revient contre leur volonté. Autrement dit, contrairement à ce que dit Cyrulnik, ce n'est pas le désarroi qui produit la fessée, c'est bien plutôt la fessée qui produit le désarroi chez les parents conscients de sa nocivité.

Quant à l'explication de la fessée par les « troubles de développement de l'enfant », quand on sait que 85 % des enfants français subissent gifles et fessées, on se demande bien à quelle fraction de ce pourcentage Boris Cyrulnik attribue les « troubles du développement » qui provoqueraient les fessées parentales.

Cyrulnik poursuit : « Donc je pense qu'il faut entourer les parents au lieu de diminuer leur autorité en signifiant aux enfants : “Vos parents n'ont pas le droit de vous toucher.” »

Ce n'est certainement pas nous qui contesterons la nécessité d’« entourer », de soutenir les parents. Mais ce n'est pas en continuant à considérer comme éducatives les gifles et fessées qu'on les aide à maintenir leur « autorité ». Si ce mot a un sens, il désigne l'influence positive que les parents peuvent avoir sur les enfants pour les aider à devenir eux-mêmes et à déployer tout leur potentiel d'humanité. Or, les fessées et les gifles, qui enseignent la violence du fort au faible, ne contribuent en rien à cette forme d'autorité.

« Il faut bien sûr éviter les violences éducatives, mais ce n'est pas en faisant une loi qu'on pourra y travailler. »

Si une loi est nécessaire pour interdire la violence éducative, c'est précisément parce que nous l'avons presque tous subie et que les schémas qu'elle a mis en place dans nos neurones nous amènent à la reproduire, exactement comme au XIXe siècle, et dans beaucoup de pays du monde aujourd'hui encore, on reproduit ou reproduisait sur ses enfants les coups de bâton subis dans l'enfance. Pour mettre un coup d'arrêt à cette chaîne de violence, il faut une loi émanant d'une autorité supérieure à celle des parents, et qui dise clairement qu'on ne doit faire violence à aucune personne humaine, à plus forte raison une personne humaine en formation.

« L'interdit chez l'enfant est une fonction structurale majeure. Plus l'interdit est énoncé, moins on a besoin de violence physique », ajoute Boris Cyrulnik.

Il est évident qu'on ne peut et qu'on ne doit pas tout permettre aux enfants. Mais accorder à l'interdit « une fonction structurale majeure », c'est faire passer au second plan la tendresse, la protection, la bienveillance, la confiance et bien d'autres formes de relations infiniment plus « structurantes » que l'interdit.

Quand Cyrulnik ajoute qu’« autrefois, un simple froncement de sourcil permettait de se faire obéir de l'enfant » et qu’« actuellement il n'y a plus d'autorité paternelle et [que] le recours à la violence devient un substitut très maladroit » , il oublie de dire que derrière le « froncement de sourcil », dans la plupart des cas, il y avait la menace des coups qui, tous les proverbes anciens le disent, étaient inséparables de l'autorité paternelle. Nos gifles et nos fessées ne sont pas « un substitut » d'une autorité défaillante, mais le résidu d'une méthode d'éducation au moins cinq fois millénaire qui a fait de l'humanité l'espèce animale la plus violente de la planète en dressant les enfants à la violence dès le plus jeune âge.

Olivier Maurel


Campagne de la Fondation pour l'Enfance

Quelques données chiffrées et des éléments résumant quelques études

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EN FRANCE : Très peu d’études sur les violences éducatives ordinaires, considérées comme un non-sujet !!!
2006 Union des familles européennes
85 à 87% des grands-parents et parents déclarent avoir recours aux punitions corporelles

AU CANADA : En 2002 50% des parents déclarent qu’ils ont eu recours à des punitions corporelles (sous déclaration)
En Ontario 85% déclarent des gifles et des fessées et 20% AVEC OBJET
59% de mères d’enfant d’âge préscolaire DÉCLARENT AVOIR eu recours à des punitions corporelles dans les deux semaines précédentes
Les punitions corporelles touchent le plus souvent des enfants d’âge préscolaires
70% des parents d’enfants de 3 à 5 ans québécois déclarent avoir eu recours à des punitions corporelles
49% des parents d’enfants de moins de deux ans déclarent avoir eu recours à des punitions corporelles dans les douze mois précédents

Facteurs de risques du recours aux punitions corporelles ?
Colère parentale, absence de maîtrise de l’adulte
Antécédents de punitions corporelles dans l’enfance et l’adolescence
Approbation et justification des violences subies pendant l’enfance
Systèmes de croyances parentales :
Interprétation par les parents de l’inconduite des enfants comme intentionnelle et grave, comme un défi (défi d’un enfant de 6 mois !, d’un enfant d’un an !, défi d’un enfant de 2 ans !)
L'approbation de l’utilité des punitions corporelles est le facteur le plus important, plus que la colère, l’humeur
Pas de différence selon le sexe des parents
Pas d'incidence du niveau d’éducation (études contradictoires)
Âge des parents indifférent, pas de lien
Dépression des parents : davantage de recours aux punitions corporelles
Stress des parents

RISQUES DES PUNITIONS CORPORELLES :
majeurs pour le bien-être des enfants et des adolescents

Blessures infligées à l’enfant :
Au Canada représente les deux tiers des mauvais traitements physiques
Bien que l’intention des parents soit de protéger, les parents utilisant ces punitions corporelles les blessent
Plus le parent approuve les punitions corporelles, plus durement il les administre
Plus la fréquence des punitions corporelles même légères est fréquente, plus le risque est grand que l’enfant subisse de traitements très violents

Relation parent–enfant :
Sentiments de peur, d’anxiété, d’insécurité et de colère chez l’enfant
Appauvrissement de la relation parent–enfant et détachement de l’enfant très jeune
Plus les parents frappent, moins ils parlent

Facteur de mauvaise santé mentale des enfants
Ces enfants sont plus souvent sujets à dépression, tristesse, anxiété, sentiment de désespoir
Raisonnement et résolution des problèmes
Les enfants sont moins susceptibles d’intérioriser les valeurs morales que les enfants indemnes de punitions corporelles. Moindres résistances à la tentation, des qualités moindres d’altruisme, d’empathie et de jugement moral

Comportement de l’enfant
Constamment relié à une augmentation des comportements agressifs des enfants
Plus de tendance de passage à l’acte, plus de risque d’agression des frères et soeurs, des parents et des pairs
Plus de risques de comportements à risque, agressifs ou délictuels à longue échéance pour ces enfants

Adaptation à l’âge adulte
Conséquences durables à l’âge adulte
Agressivité, comportements anti sociaux
Taux plus élevé d’agressivité à l’âge adulte
Taux plus élevé de conduites délictuelle à l’âge adulte
Taux plus élevé de violences envers ses enfants ou son conjoint
Plus de dépression, addiction
Plus grande tolérance à la violence
Approbation et justification des punitions corporelles (secouer, frapper avec une ceinture) ou plus grave (brûlures, attacher quelqu’un) deux à trois fois plus importante quand on a été soumis enfant à ce type de punitions corporelles
Les comportements violents sont perçus comme normaux s'ils ont été présents plus tôt dans l’enfance

Quels avantages de telles pratiques :
Punitions corporelles et obéissance immédiate ?
A court terme : oui
A long terme : non
Efficacité pour accroître l’obéissance : douteuse
En moyenne il faut huit fessées pour faire obéir sur une brève période un enfant
Risque d’escalade


Catastrophe nucléaire au Japon : Même pas mal !


A qui faut-il "mettre des limites" ? L'exemple des conduites à risque vient d'en haut...

C'est pendant que nous tenions un stand au salon Primevère que nous avons appris, le 12 mars dernier, le début de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi, au Japon. Et c'est à la fin du salon Vivre Autrement à Paris qu'on nous a annoncé le passage sur la France de la trace du nuage radioactif venu du Japon. Faiblement radioactif, certes (pour nous...), mais ce n'est pas fini, et il importe de savoir (de ne pas oublier) que toute nouvelle dose de radioactivité s'ajoute à celle qui est émise naturellement par le sol, et à celle qui a pu déjà s'y déposer, avec une durée de vie qui dépasse de beaucoup celle d'un être vivant.

Avec ce nouvel "accident" grave du nucléaire civil – cette technologie issue du nucléaire militaire marqué par les bombes d'Hiroshima et de Nagasaki –, on assiste à une sorte de retour au Japon avec lequel on voudrait pouvoir espérer que la boucle soit bouclée : que les technologies militaires et antidémocratiques cessent d'être "valorisées" (en réalité, rentabilisées... provisoirement) par des applications civiles non maîtrisées (ni maîtrisables), aux effets cumulatifs plus graves les uns que les autres. (Pensons aussi aux pesticides, issus des poisons développés pour les besoins des deux guerres mondiales...).

L'OVEO tient à prendre position sur cette catastrophe en tant qu'association qui dénonce les effets sur les individus et sur toute la société d'une éducation violente ordinaire sans laquelle les êtres humains, nous en sommes convaincus, ne pourraient tout simplement pas inventer et surtout mettre en œuvre à grande échelle des technologies capables de menacer leur propre survie (et celle de tous les êtres vivants). Nous pensons que l'éducation violente, même sous ses formes les plus ordinaires (châtiments corporels socialement acceptés, menaces, système récompense/punition, jugement permanent et dévalorisation), détruit les facultés spontanées d'empathie et l'instinct de survie et de préservation de l'espèce présents chez tous les animaux. Dans un système qui valorise dès la plus tendre enfance la compétition et les performances au détriment de la solidarité et de l'entraide, avec des méthodes d'éducation qui répriment les émotions et nient les besoins élémentaires des individus au profit de l'obéissance et de la loi du plus fort, toutes les aberrations deviennent possibles. Les individus deviennent des machines au service d'intérêts totalement déconnectés de la réalité quotidienne des êtres vivants (humains et non humains). La technique devient un moyen de satisfaire non pas les besoins de tous, mais les besoins de grandeur de ceux qui ont le pouvoir de décider. Il serait trop long ici de détailler ce processus, mais nous renvoyons les visiteurs à la lecture des livres d'Alice Miller, qui a si bien expliqué la relation entre les agressions émotionnelles et physiques de l'éducation et la production d'êtres humains qui vivent dans le déni, développent une fausse identité, des tendances paranoïaques et grandioses, et/ou une obéissance aveugle à toute autorité, sans plus se référer à leur propre jugement qui pourrait encore les conduire à résister et à refuser d'agir contre leur propre intérêt, leur propre bonheur et leur survie.

Comme ont pu l’écrire certains, la question n’est pas seulement : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? », mais aussi : « Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? » ! Déjà, à Tchernobyl, et malgré le déni des autorités, de nombreux enfants sont nés avec de graves malformations, et la plupart des enfants sont malades en permanence. Nier les conséquences ne les empêchera pas de se produire. Il est grand temps de cesser de mettre l’intelligence humaine au service de technologies monstrueuses, de cesser de fabriquer, par l’éducation violente ordinaire, des enfants qui, devenus adultes, se mettront avec obéissance au service de n’importe quelle autorité, ou croiront servir l’humanité alors qu’ils ne feront que se venger inconsciemment d’anciennes souffrances.

(Voir aussi l'article d'Olivier Maurel : Une pollution méconnue, la violence éducative, et pour des informations sur la catastrophe au Japon, la page qui lui est consacrée sur le site Sortir du nucléaire. Sur les conséquences sur l'état de santé des enfants nés après un accident nucléaire, le site Enfants de Tchernobyl Bélarus.)


Une pétition pour la suppression des notes à l’école élémentaire


Cette pétition a été lancée le 23 septembre 2010 par l’ Association de la fondation étudiante pour la ville, association fondée en 1991 qui a constitué un réseau national d’étudiants bénévoles pour accompagner des enfants et des jeunes en difficulté scolaire ou de vie, et pour lutter contre les inégalités sociales. Dans leur démarche d’« éducation informelle », ces étudiants ont pris conscience de toutes sortes de souffrances vécues par les enfants à l'école, non seulement à cause de leurs difficultés familiales et sociales, mais aussi à cause de l’esprit de compétition qui règne dans le système scolaire français, largement basé sur le contrôle, la sélection, l’évaluation permanente. Ils ont donc lancé un appel Pour la suppression des notes à l'école élémentaire – suppression pure et simple et non remplacement par d’autres formes de notation déguisée (lettres ou autre système de récompense-punition).

A l’appui de cette pétition, on peut lire sur le site Pour l’abolition de la note scolaire un article d’Alfie Kohn, Du constat des effets dévastateurs de la notation à sa suppression, très complet sur le sujet, ainsi que beaucoup d’autres articles intéressants. Alfie Kohn est un auteur états-unien dont nous avons publié plusieurs articles1. Il écrit depuis plus de vingt ans sur les thèmes de l'amour inconditionnel, de la compétition, de « la récompense qui punit ». Sur un autre site, on peut lire la traduction de l’un de ses articles sur la motivation intrinsèque : La créativité et l'intérêt intrinsèque diminuent si la tâche est accomplie pour de l'argent. A l’école comme ailleurs, la récompense n'est pas un facteur de motivation : lorsqu’on accomplit une tâche pour autre chose que pour elle-même, l'intérêt pour cette tâche et le plaisir qu'on peut y prendre décroissent beaucoup, ainsi que la créativité. Ces questions sont étudiées en détail dans le livre d’Alfie Kohn Punished by Rewards, encore non traduit.


1. Articles d’Alfie Kohn sur notre site : Quand "Je t'aime" signifie : "Fais ce que je te dis..." ; L'agressivité est-elle innée chez les humains ? ; Les déplorables conseils de "Supernanny" ; Les enfants gâtés, un sujet de plainte immémorial ; Pourquoi l'autodiscipline est surévaluée.