Point de vue de l'OVEO sur l'actualité
Une pétition contre la vente de manuels de violence éducative...
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- Publié le samedi 30 avril 2011 07:15
La presse francophone a signalé récemment une affaire qui fait grand bruit aux Etats-Unis depuis le début de l'année 2010 : l'accusation contre les époux Pearl, de la secte évangélique "No Greater Joy", auteurs d'un livre sur "l'éducation" des enfants intitulé To Train Up a Child, livre où Michael et Debbi Pearl expliquent comment "doser" les châtiments corporels appliqués aux enfants dès le plus jeune âge - selon les meilleures méthodes de la pédagogie noire du XIXe siècle dénoncée par Alice Miller dans C'est pour ton bien. On peut lire par exemple un article dans Le Point, qui reprend un autre article paru dans Courrier international.
Nous signalons ici qu'il existe désormais une pétition adressée à Jeff Bezos, PDG d'Amazon et signable en ligne. Cette pétition (en anglais) lancée par une thérapeute et mère britannique et relayée par le site américain NoSpank demande à Amazon de retirer de la vente tous les livres encourageant le châtiment corporel des enfants. Outre le livre des Pearl, l'article cite deux autres exemples bien connus des lecteurs anglophones : Shepherding a Child's Heart ("Guider le coeur de l'enfant"), de Tedd Tripp, et Don't Make Me Count to Three ("Ne me fais pas compter jusqu'à trois", sic !), de Ginger Plowman. Selon cet article, "ce comportement [frapper les enfants avec une verge !] est de la maltraitance et il est également 'offensant', ce qui est contraire aux directives affichées par Amazon". De plus, ajoute l'article, ce comportement "est probablement illégal, car il dépasse de beaucoup le 'châtiment raisonnable' actuellement permis par la loi en Grande-Bretagne (d'où est issue la pétition) et dans beaucoup d'Etats des Etats-Unis". En conséquence de quoi la pétition demande à Amazon de retirer de ses stocks "tout livre ou autre produit conseillant la maltraitance physique des enfants" (physical abuse of children).
Il est également possible d'envoyer directement un commentaire sur le site Amazon. Celui d'une adhérente de l'OVEO a été publié, visible ici. Ci-dessous le commentaire (non publié à ce jour) envoyé par Olivier Maurel :
Ce livre, qui recommande de battre les enfants, est déjà la cause de la mort de trois enfants. Leurs parents ont suivi la méthode conseillée : "Pour un enfant d'un an", utiliser "une baguette de saule de 25-30 centimètres de longueur et d'un demi-centimètre de diamètre, sans noeuds qui risquent d'entamer la peau". Il conseille de frapper les enfants plus grands "avec un tuyau de plastique de 0,6 centimètres de diamètre, parce que c'est douloureux mais ne blesse pas la peau".
Résultat : "C'est ce tuyau qui, ajouté à des carences, mit fin à la vie de la petite Hana, née en Ethiopie mais adoptée, avec son jeune frère, par le couple formé par Larry et Carri Williams, dans l'Etat de Washington. Hana, 11 ans, qui manifestait quelque rébellion, fut trouvée morte dans le patio familial au mois de mai, dévêtue, dénutrie et congelée. Ses parents, fidèles disciples de la doctrine Pearl, l'avaient soumise à un châtiment corporel implacable.
Le 30 septembre dernier a débuté leur procès pour homicide et ils se sont déclarés innocents. Le sinistre tuyau punitif a été employé aussi en 2010 en Californie, lors du décès de la petite Lydia Schatz, âgée de sept ans, adoptée au Libéria. Ses parents adoptifs, Kevin et Elizabeth Schatz, la soumirent à une violente bastonnade entrecoupée de moments de prière. La fillette, qui avait huit demi-frères et demi-soeurs, est morte de ses blessures et des hémorragies qu'elles avaient provoquées. Les parents se sont déclarés coupables et sont tous deux en prison." Lire l'article complet en espagnol (langue dans laquelle ce livre a été traduit) sur le site du quotidien El Pais.
Ce livre devrait être immédiatement retiré de la vente.
Olivier Maurel (Observatoire de la violence éducative ordinaire)
Maltraitance et violence éducative ordinaire, aucune différence...
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- Publié le samedi 30 avril 2011 07:14
Le quotidien La Dépêche du 9 août 2011 rapporte la condamnation à 6 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans pour "violence aggravée" d'une mère camerounaise accusée d'avoir battu son fils de onze ans à coups de ceinture, côté boucle, et de l'avoir souvent obligé à se tenir debout sur une jambe, un doigt au sol, pendant une demi-heure. Elle s'est défendue en disant qu'elle avait elle aussi été punie quand elle était enfant et qu'il s'agissait d'une "pratique culturelle".
Quelques remarques à propos de ce "fait divers" :
1/ Il s'agit d'une mère camerounaise. Au Cameroun, comme dans la plupart des pays africains, plus de 90 % des enfants subissent la bastonnade à l'école et à la maison (enquête UNICEF-EMIDA de 2000). Cette mère qui, très probablement, a subi enfant les mêmes punitions, ne se sent pas plus coupable qu'une mère française qui donne des gifles et des fessées à ses enfants parce qu'elle en a elle-même reçu et qu'"elle n'en est pas morte". Cette mère camerounaise pense elle aussi non seulement qu'"elle n'en est pas morte", mais même que ces punitions lui ont fait beaucoup de bien, comme le pensent beaucoup de gens des gifles et les fessées qu'ils ont reçues. Elle ne voit donc pas pourquoi elle changerait de méthode d'éducation. Une mère française qui serait jugée en Suède (où fessées et gifles sont interdites) pour avoir giflé ou fessé son enfant, ne comprendrait pas non plus pourquoi on veut lui interdire la méthode d'éducation qu'elle a toujours connue.
2/ Les punitions que cette mère a infligées à son enfant étaient courantes en France jusqu'à la fin du XIXe siècle, et parfois au-delà. La punition "planter les choux" (debout, un doigt au sol) se pratiquait dans les écoles françaises, de même que celle qui consistait à obliger un enfant à rester debout sur une seule jambe une demi-heure ou une heure et que l'on appelait "faire le jambon". Frapper à coups de ceinture, y compris du côté de la boucle, était aussi courant. Si, aujourd'hui, nous considérons ces punitions comme de la maltraitance, c'est grâce à l'action de personnalités diverses qu'on a d'abord considérées comme des idéalistes et des utopistes, et qui ont fait prendre conscience progressivement à l'opinion publique que ces punitions étaient inacceptables. Aujourd'hui aussi, et exactement de la même façon, les personnes qui protestent contre l'usage des fessées et des gifles sont considérées comme des idéalistes et des utopistes. En Afrique, des associations comme EMIDA et d'autres agissent pour faire prendre conscience aux parents et aux enseignants que les punitions corporelles et les humiliations altèrent profondément la personnalité des enfants. Et un de leurs pires effets, c'est de faire penser aux enfants qui les ont reçues, une fois devenus adultes, qu'il est tout à fait normal de punir les enfants comme ils l'ont été.
3/La solution pour les familles qui viennent de pays où les punitions corporelles sont beaucoup plus violentes que celles qui sont tolérées (quand elles ne sont pas préconisées !) chez nous, n'est évidemment pas la prison. Mais cela signifie-t-il qu'on peut leur dire : "Donner des coups de ceinture, c'est interdit, mais donner des gifles et des fessées, c'est permis, allez-y !" ?
4/ Le petit garçon a dit qu'il ne voulait pas que sa mère ait des ennuis. C'est la réaction de la plupart des enfants qui cherchent à protéger leurs parents (par honte, par sentiment de culpabilité, par peur des représailles, ou de tomber dans une situation peut-être pire si le parent est condamné...), même s'ils doivent le payer en continuant à recevoir des coups. Malheureusement, dans la plupart des cas, cette attitude "protectrice" à l'égard de leurs parents les empêche de comprendre que ce qu'ils ont subi n'était pas normal et les prépare ainsi à le reproduire plus tard, puisqu'ils "n'en sont pas morts"...
Comme presque toujours dans ce genre d'affaire, les commentaires des visiteurs du site sont partagés, mais la plupart montrent qu'ils considèrent que pour eux, il s'agit là d'une violence qui n'a rien à voir avec l'éducation "normale" qu'ils préconisent eux-mêmes, avec ou (plus rarement) sans fessée, proposant parfois comme alternative aux châtiments corporels des punitions telles que priver l'enfant de choses auxquelles il tient ou qui lui font plaisir... Ceux qui s'indignent le plus de l'argument de la "pratique culturelle" sont souvent ceux qui trouvent normal de donner une fessée de temps en temps (les enfants ne sont pas "parfaits" !), ou qui préconisent d'autres formes de punition.
D'autres "faits divers" qui nous donnent à réfléchir (mais nous ne pouvons pas les citer tous) :
Non, la fessée n'est pas un délit : un père relaxé pour une fessée qui a laissé des traces... Le tribunal a considéré que c'était une fessée "normale", mais qu'il y a eu un bleu parce que le père avait une bague avec le chaton tourné vers l'intérieur... D'où la "suspicion de maltraitance". De plus, le couple s'est réconcilié grâce à cette petite épreuve ! Notons cependant que cette affaire est passée devant le tribunal correctionnel (cas des affaires de "maltraitance" selon la loi française). La loi contre les châtiments corporels et violences psychologiques dont nous défendons le principe relèverait du tribunal civil (droit de la famille) et serait destinée non à "réprimer", mais à favoriser une prise de conscience et un soutien aux parents... Admirons cependant la première phrase de l'article (et son style) : "Voilà une décision assurément rassurante pour tous les parents qui, parfois, administrent une fessée à leur progéniture..." Le message est donc bien : vous pouvez continuer, c'est normal, c'est même "bien", puisque c'est permis.
Une "punition qui a mal tourné" ? Où l'on apprend qu'un enfant de 10 ans est tombé du 5ème étage, pieds et poings liés, sans qu'on sache s'il est lui-même défenestré, citons l'article, qui nous semble se passer de commentaire :
Le Parisien croit savoir que le père aurait décidé d'attacher son fils avec des câbles de téléphones pour « le punir d'avoir emprunté un MP3 à un proche ». De son côté, France Inter a expliqué que le garçon aurait ensuite chuté du cinquième étage en voulant échapper à son père. Ces éléments ont ainsi conduit les enquêteurs à étudier la piste de la punition qui a mal tourné. Pour autant, aucune hypothèse n'est écartée.
La consternation des voisins
« Franchement, c'est un drame et j'ignore ce qui a pu se passer. Certaines personnes parlent du père du garçon mais je le connais et je sais qu'il aime ses enfants et qu'il n'aurait jamais pu faire une chose pareille. Je suis sous le choc comme tout le monde », a expliqué une voisine de la famille. A l'instar de celle-ci, de nombreux voisins se disent choqués et plongés dans l'incompréhension.
Du moment que c'est fait avec amour...
Mais pour comble, aux mêmes informations sur France Inter (8 h le 23 août 2011), on enchaîne avec un sondage TNS-Sofres où "les Francais" estiment que les parents manquent d'autorité... Voir par exemple cet article (repris sous des formes plus ou moins identiques dans d'autres journaux). Information suivie d'un micro-trottoir où une mère explique que "les autres parents se contentent de crier", alors qu'elle, au bout de trois fois (de trois menaces ?), elle "sévit" (l'histoire ne dit pas comment !). Toujours les parents laxistes... En tout cas, le voisinage entre ce sondage et l'information précédente nous a paru plus consternant que chacune des deux informations prises séparément...
Une nourrice mise en examen : dans cette affaire, une assistante maternelle est poursuivie, suite à une plainte des parents, pour des "maltraitances présumées" sur cinq enfants de 3 à 11 ans qu'elle a gardés entre 2007 et 2010 (un certain nombre d'autres enfants auraient subi les mêmes "vexations" et "claques à tour de bras" depuis des années). Cette affaire ressemble à beaucoup d'autres où l'on voit que de telles pratiques peuvent durer des années avant que qui que ce soit ne s'en inquiète : soit que les parents trouvent cela normal, ou n'osent pas protester, ou ferment les yeux parce que "c'est difficile de trouver quelqu'un qui accepte de garder les enfants"... soit que les enfants eux-mêmes (comme c'est courant) n'osent pas raconter ce qui se passent, se sentent coupables et croient cela normal...
Mais ce qui nous a fait sursauter, comme dans l'affaire de la "punition qui a mal tourné", c'est le commentaire par les médias : ainsi, à France Inter (le 12 août 2011 aux informations de 17 h, mais c'est là aussi l'expression utilisée dans la dépêche AFP), la journaliste explique qu'il n'y avait "pas de violences physiques importantes, mais des brimades"... après quoi on entend la déclaration de l'avocat des familles parlant de "paires de claques qui pleuvent à tour de bras" !
Mai 2011 : une campagne contre "les violences éducatives ordinaires"
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- Publié le samedi 30 avril 2011 07:13
A l'occasion de la journée internationale contre les violences éducatives du 30 avril 2011, la Fondation pour l'Enfance, les docteurs Gilles Lazimi (directeur du Centre municipal de santé de Romainville et membre du comité de parrainage de l'OVEO) et Emmanuelle Piet, et l'agence Publicis Conseil ont réalisé un spot télévisé remarquable qui a été diffusé avec l'accord de France Télévisions sur toutes les chaînes publiques et relayé par un bon nombre de chaînes privées. On peut aussi le voir sur des sites Internet. Ce spot met l'accent sur la répétition de la violence éducative de génération en génération.
- Sur le site de la Fondation pour l'enfance, vous pouvez aussi télécharger le dossier de presse de cette campagne, qui fournit un grand nombre de renseignements sur la campagne (dont une description du spot télévisé) et des informations sur la violence éducative, ainsi que plusieurs pages de bibliographie et de liens.
A lire plus bas :
- des commentaires de membres de l'OVEO sur cette campagne,
- une lettre ouverte d'Olivier Maurel à un article très virulent d'une journaliste du Figaro contre la campagne de la Fondation pour l'Enfance,
- une réponse d'Olivier Maurel à un commentaire de Boris Cyrulnik,
- et, en fin de page mais non moins intéressant : une liste de données chiffrées et d'éléments fournis par des études sur la violence éducative, résumé communiqué par le Dr Lazimi en complément du dossier de presse (non disponible sur le site de la Fondation de l'Enfance).
- A signaler également, une chronique de la psychanalyste Caroline Eliacheff diffusée le 4 mai sur France Culture et qui exprime sans aucune ambiguïté la nécessité d'avancer dans le sens d'un accompagnement des enfants sans violence. Quelques commentaires à propos de cette chronique :
Réactions de membres de l'OVEO à la campagne de la Fondation de France
Lettre ouverte à Natacha Polony
Réponse d'Olivier Maurel à Boris Cyrulnik
Campagne de la Fondation pour l'Enfance
Quelques données chiffrées et des éléments résumant quelques études
Catastrophe nucléaire au Japon : Même pas mal !
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- Publié le jeudi 14 avril 2011 19:43
C'est pendant que nous tenions un stand au salon Primevère que nous avons appris, le 12 mars dernier, le début de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi, au Japon. Et c'est à la fin du salon Vivre Autrement à Paris qu'on nous a annoncé le passage sur la France de la trace du nuage radioactif venu du Japon. Faiblement radioactif, certes (pour nous...), mais ce n'est pas fini, et il importe de savoir (de ne pas oublier) que toute nouvelle dose de radioactivité s'ajoute à celle qui est émise naturellement par le sol, et à celle qui a pu déjà s'y déposer, avec une durée de vie qui dépasse de beaucoup celle d'un être vivant.
Avec ce nouvel "accident" grave du nucléaire civil – cette technologie issue du nucléaire militaire marqué par les bombes d'Hiroshima et de Nagasaki –, on assiste à une sorte de retour au Japon avec lequel on voudrait pouvoir espérer que la boucle soit bouclée : que les technologies militaires et antidémocratiques cessent d'être "valorisées" (en réalité, rentabilisées... provisoirement) par des applications civiles non maîtrisées (ni maîtrisables), aux effets cumulatifs plus graves les uns que les autres. (Pensons aussi aux pesticides, issus des poisons développés pour les besoins des deux guerres mondiales...).
L'OVEO tient à prendre position sur cette catastrophe en tant qu'association qui dénonce les effets sur les individus et sur toute la société d'une éducation violente ordinaire sans laquelle les êtres humains, nous en sommes convaincus, ne pourraient tout simplement pas inventer et surtout mettre en œuvre à grande échelle des technologies capables de menacer leur propre survie (et celle de tous les êtres vivants). Nous pensons que l'éducation violente, même sous ses formes les plus ordinaires (châtiments corporels socialement acceptés, menaces, système récompense/punition, jugement permanent et dévalorisation), détruit les facultés spontanées d'empathie et l'instinct de survie et de préservation de l'espèce présents chez tous les animaux. Dans un système qui valorise dès la plus tendre enfance la compétition et les performances au détriment de la solidarité et de l'entraide, avec des méthodes d'éducation qui répriment les émotions et nient les besoins élémentaires des individus au profit de l'obéissance et de la loi du plus fort, toutes les aberrations deviennent possibles. Les individus deviennent des machines au service d'intérêts totalement déconnectés de la réalité quotidienne des êtres vivants (humains et non humains). La technique devient un moyen de satisfaire non pas les besoins de tous, mais les besoins de grandeur de ceux qui ont le pouvoir de décider. Il serait trop long ici de détailler ce processus, mais nous renvoyons les visiteurs à la lecture des livres d'Alice Miller, qui a si bien expliqué la relation entre les agressions émotionnelles et physiques de l'éducation et la production d'êtres humains qui vivent dans le déni, développent une fausse identité, des tendances paranoïaques et grandioses, et/ou une obéissance aveugle à toute autorité, sans plus se référer à leur propre jugement qui pourrait encore les conduire à résister et à refuser d'agir contre leur propre intérêt, leur propre bonheur et leur survie.
Comme ont pu l’écrire certains, la question n’est pas seulement : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? », mais aussi : « Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? » ! Déjà, à Tchernobyl, et malgré le déni des autorités, de nombreux enfants sont nés avec de graves malformations, et la plupart des enfants sont malades en permanence. Nier les conséquences ne les empêchera pas de se produire. Il est grand temps de cesser de mettre l’intelligence humaine au service de technologies monstrueuses, de cesser de fabriquer, par l’éducation violente ordinaire, des enfants qui, devenus adultes, se mettront avec obéissance au service de n’importe quelle autorité, ou croiront servir l’humanité alors qu’ils ne feront que se venger inconsciemment d’anciennes souffrances.
(Voir aussi l'article d'Olivier Maurel : Une pollution méconnue, la violence éducative, et pour des informations sur la catastrophe au Japon, la page qui lui est consacrée sur le site Sortir du nucléaire. Sur les conséquences sur l'état de santé des enfants nés après un accident nucléaire, le site Enfants de Tchernobyl Bélarus.)
Une pétition pour la suppression des notes à l’école élémentaire
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- Publié le mardi 22 février 2011 21:10
Cette pétition a été lancée le 23 septembre 2010 par l’ Association de la fondation étudiante pour la ville, association fondée en 1991 qui a constitué un réseau national d’étudiants bénévoles pour accompagner des enfants et des jeunes en difficulté scolaire ou de vie, et pour lutter contre les inégalités sociales. Dans leur démarche d’« éducation informelle », ces étudiants ont pris conscience de toutes sortes de souffrances vécues par les enfants à l'école, non seulement à cause de leurs difficultés familiales et sociales, mais aussi à cause de l’esprit de compétition qui règne dans le système scolaire français, largement basé sur le contrôle, la sélection, l’évaluation permanente. Ils ont donc lancé un appel Pour la suppression des notes à l'école élémentaire – suppression pure et simple et non remplacement par d’autres formes de notation déguisée (lettres ou autre système de récompense-punition).
A l’appui de cette pétition, on peut lire sur le site Pour l’abolition de la note scolaire un article d’Alfie Kohn, Du constat des effets dévastateurs de la notation à sa suppression, très complet sur le sujet, ainsi que beaucoup d’autres articles intéressants. Alfie Kohn est un auteur états-unien dont nous avons publié plusieurs articles1. Il écrit depuis plus de vingt ans sur les thèmes de l'amour inconditionnel, de la compétition, de « la récompense qui punit ». Sur un autre site, on peut lire la traduction de l’un de ses articles sur la motivation intrinsèque : La créativité et l'intérêt intrinsèque diminuent si la tâche est accomplie pour de l'argent. A l’école comme ailleurs, la récompense n'est pas un facteur de motivation : lorsqu’on accomplit une tâche pour autre chose que pour elle-même, l'intérêt pour cette tâche et le plaisir qu'on peut y prendre décroissent beaucoup, ainsi que la créativité. Ces questions sont étudiées en détail dans le livre d’Alfie Kohn Punished by Rewards, encore non traduit.
1. Articles d’Alfie Kohn sur notre site : Quand "Je t'aime" signifie : "Fais ce que je te dis..." ; L'agressivité est-elle innée chez les humains ? ; Les déplorables conseils de "Supernanny" ; Les enfants gâtés, un sujet de plainte immémorial ; Pourquoi l'autodiscipline est surévaluée.
La fessée toujours d’actualité…
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- Publié le lundi 7 février 2011 10:40
Le débat sur l’interdiction des châtiments corporels en France a été relancé en 2009 à la suite de la proposition de loi d’Edwige Antier. 82 % de nos concitoyens se déclaraient alors opposés à une telle loi, selon un sondage TNS SOFRES réalisé pour Ouest France fin 2009. La crainte de voir les parents mis en prison pour avoir giflé leurs enfants avait été avancée dans les médias comme un argument contre l’interdiction. Le cas rapporté ci-dessus ne fera sans doute que renforcer cette crainte.
La Suède fut le premier pays à interdire en 1979 les violences infligées aux enfants. Cette loi préventive a permis de faire changer les mentalités en l’espace d’une décennie. Aucune peine d’emprisonnement n’avait jamais été infligée jusqu’à l’année dernière. Pour la première fois en 2010, des peines d’emprisonnement ont été prononcées contre un père de famille d’une part, et contre un couple de parents d’autre part (pour plus de détails sur ces cas, voir l’article Suède : le retour inquiétant de certaines formes de violence éducative ? ). Et, très rapidement, les opposants à l’interdiction se servent de ces cas pour critiquer les tentatives d’interdiction, par exemple au Canada.
En effet, au Canada, le droit de correction existe toujours comme en France. L’association Repeal 43 (du nom de l’article donnant droit de correction aux enseignants, parents et tuteurs) lutte pour le faire interdire depuis plusieurs années. La sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette a récemment déposé une nouvelle proposition de loi. « L’objectif du projet de loi est d’éduquer les parents et les gardiens, plutôt que de les punir », a-t-elle expliqué à ses collègues du Sénat canadien.
Dans l’article publié sur le sujet par le Journal du Québec, on peut lire ceci :
- « Alors que Mme Hervieux-Payette affirme qu’aucun parent n’a été condamné dans les 26 pays qui ont interdit les châtiments corporels, deux parents de la Suède ont récemment reçu une peine de neuf mois d’emprisonnement.
Selon les rapports, les parents ont administré une fessée à leurs trois enfants les plus âgés. La Suède interdit la fessée depuis 1979. En plus des neuf mois qu’ils doivent purger derrière les barreaux, les parents ont été condamnés à verser 25 000 couronnes à chacun des enfants concernés, soit environ 11 000 $ CAN.
Retirer l’article 43 du Code criminel pourrait ouvrir la porte à des peines similaires pour les parents canadiens, selon des critiques du projet de loi de Mme Hervieux-Payette. Des condamnations pour voies de fait au Canada peuvent entraîner une peine de cinq ans d’emprisonnement. »
Encore une fois, il nous semble important de rappeler la nécessité d’une loi d’interdiction de toute forme de violences infligées aux enfants, loi préventive, accompagnée de campagnes d’information nationales ayant pour but de faire prendre conscience à l’ensemble de la population des méfaits de la violence éducative ordinaire. Il est indispensable qu’elle soit aussi accompagnée d’une vraie politique familiale et de soutien à la parentalité.
Le chemin vers cette prise de conscience reste cependant très long et sinueux, comme le montre cet autre article publié en juin 2010 par le même magazine Le Point, indiquant que 88 % des professionnels de la santé ne sont pas favorables à une loi d’interdiction, selon une enquête réalisée pour le Journal international de médecine au printemps 2010. Le journaliste rapporte plus loin que « les "blouses blanches" restent attachées à certains principes d'éducation dans lesquels la "correction" physique ne doit pas être systématiquement écartée ». Ah, les principes d’éducation !

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